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COVID 19 : La situation filière par filière en Nouvelle-Aquitaine au 15 mai 2020

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Une synthèse proposée par la Chambre Régionale d'agriculture et l'équipe régionale «Economie Prospective » permet de faire le point chaque semaine sur la situation, selon les thèmes et les filières de la Région Nouvelle-Aquitaine.

Cette synthèse  résulte de la collecte d’informations de différentes sources, essentiellement celles des agents de la CRANA et des CDA de la région, qui font un remarquable travail en temps réel.

>> Lire la note de veille numéro 8 de la semaine 20 en détail

La Synthèse par thème et par filière : Points essentiels et de vigilance

Contexte Général

Le faible taux de contamination de la population française démontre qu’un dé confinement non maîtrisé pourrait provoquer une deuxième vague. Nommé coordonnateur de la stratégie nationale de dé confinement, Jean Castex a déclaré : « un re confinement en urgence doit être anticipé », en appelant à préserver la « réversibilité des mesures » en cas de résurgence de l’épidémie.

L’IFPRI (Institut international de recherche sur les politiques alimentaires) prévoit une baisse de -5 % du PIB mondial. Cette baisse serait plus importante dans les pays développés (-6,2 %), notamment dans la zone euro (-7,5 %), que dans les pays émergents (-3,6 %).

Les exportations mondiales de marchandises devraient baisser en valeur de -21 % et de -25 % pour les exportations agro-alimentaires. L’IFPRI prévoit également une hausse de +20 % de l’extrême pauvreté dans le monde, soit +145 millions de personnes, dont 60 millions dans les villes. Une réflexion sur l’aide alimentaire d’urgence devrait s’engager dans le cadre des négociations sur la future PAC.

Aux Etats-Unis, le nombre de chômeurs a dépassé 36 millions, un niveau jamais atteint dans l’histoire de ce pays. En France, le chômage partiel touche près des deux-tiers des salariés du secteur privé (12,4 millions sur 19,6 millions). Le coût pour l’Etat s’élève à 26 milliards d’euros sur les deux mois de confinement. Le chômage frôle la barre des 6 millions de personnes.

En France, l’OFCE (Office français de conjoncture économique) estime que sur les 120 milliards d’euros de chute du PIB estimée pour les huit semaines du confinement, 65 milliards seront financés par le déficit public et 55 milliards d’euros iront dans l’épargne privée « forcée » (non-consommation de certains biens et services). On peut donc attendre un certain rebond de la consommation, d’une ampleur difficile à évaluer selon l’importance que les ménages accorderont à l’épargne de précaution.

Selon l’INSEE, les deux principales composantes responsables du recul du PIB sont les diminutions de la consommation des ménages (-6,1%) et de l’investissement (-11,8%). En France métropolitaine, la baisse d’activité est de l’ordre de -34 %. Cinq régions ont connu une baisse de leur activité économique moins prononcée par rapport aux autres régions (entre -31 % et -33 %) : la Bretagne, Les Hauts-de-France, la Nouvelle-Aquitaine (-32 %), le Grand-Est et la Bourgogne-Franche-Comté. La forte implantation des industries de la transformation alimentaire et de l’agriculture explique leur moindre décrochage économique, du fait de la contribution de ces secteurs à la demande en biens alimentaires. A l’inverse, des régions comme la Corse, AURA, PACA… sont plombées par le poids des secteurs touristiques et des services marchands.

En Nouvelle-Aquitaine, la situation est très disparate selon les départements. Les départements littoraux sont plus pénalisés par les activités touristiques, alors que les départements plus agricoles et agro-alimentaires s’en sortent mieux. Le département des Deux-Sèvres est, avec la Creuse, l’un des départements de France où l’activité a le moins baissé (-28 %) : en effet, il y a à la fois une forte présence agricole et agro-alimentaire, et à la fois des services qui ont maintenu, voire augmenté, leurs activités, notamment grâce au télétravail (mutuelles d’assurances, sociétés informatiques et de services dématérialisés…).
Les opérateurs du numérique et les grandes entreprises de logistique-distribution sortiront considérablement renforcés de la crise. A l’inverse, des pans entiers de l’économie ne se relèveront pas de sitôt : l’automobile (sauf l’électrique et peut-être l’hydrogène), l’aviation, l’hôtellerie-restauration et les petits commerces de détail.

Comme les déplacements seront plus limités et les habitudes d’achats chamboulées pour au moins quelques mois, de nombreuses opportunités s’offrent aux territoires ruraux et aux villes petites et moyennes : les circuits locaux, digitalisés et avec une logistique fine, devraient se renforcer, comme l’économie présentielle en milieu rural (télétravail, tourisme vert, circuits alimentaires courts, énergies renouvelables, services à la personne, PME d’industrie-artisanat…).

Des réflexions sont en cours sur ce point en Nouvelle-Aquitaine. Par exemple, L’Inter-consulaire des Deux-Sèvres (CA-CCI-CDM), associée à une filiale de la poste pour assurer les livraisons, travaille sur un « Amazon local pour consommer local », en partant du constat que l’explosion des achats locaux en ligne s’est faite essentiellement grâce aux initiatives individuelles des entreprises, et qu’il serait par conséquent intéressant de travailler à un système de commandes, de paiements en ligne et de livraisons mutualisé pour fidéliser les nombreux nouveaux clients, tout en faisant des économies d’échelle dans le numérique, la logistique et la distribution. A suivre…

Depuis un mois, le prix du pétrole (brent) oscille en 25 $ et 30 $ le baril, soit moins de la moitié des prix d’avant la crise. La baisse de la rente pétrolière plonge certains pays producteurs (Nigéria, Venezuela, Algérie…) dans une crise budgétaire, et donc politique et sociale, sans précédent.

L’indice Nasdaq-Composite, composé des valeurs des entreprises du numérique (GAFAM, systèmes d’information…) et d’entreprises à fort potentiel de croissance, notamment dans les secteurs des biotechnologies et de la pharmacie, a connu, comme tous les indices boursiers, une chute sensible mi-mars (-35 %). Mais depuis, il a presque rattrapé ses pertes : mi-mai, il revenait à son niveau de janvier 2020, à seulement -9 % de son pic historique du 19/02. Les entreprises cotées dans cet indice sont les grands gagnants de demain, avec une capitalisation d’un niveau jamais atteint dans l’histoire boursière mondiale.

La parité euro-dollar fait du yoyo mais, en tendance, l’euro s’affaiblit ces derniers mois (1,08 €/$ au 15/05, contre 1,20 €/$ dans les années 2007-2008), ce qui est favorable aux exportateurs européens. Par contre, les monnaies de grands pays exportateurs (Russie, Brésil, Pologne…) ont dévissé, ce qui pèse sur les prix agricoles internationaux.

 Banque

Les mises en place de Prêts Garantis par l'Etat continuent de progresser. Toutefois, le secteur agricole reste toujours en retrait par rapport aux autres : 7 % des demandes à l'échelle de Nouvelle-Aquitaine.

Le coût de la garantie proposée par BPI France à partir de la quatrième année (1 %) conduit à limiter au maximum la durée d'amortissement.

Des aménagements des encours et prêts courts termes sont proposés par les partenaires financiers en dehors des dispositifs garantis par l'Etat.

 Consommation

Les achats alimentaires s'affichent toujours en progression par rapport à l'année 2019 sur la même période (semaines 17-18-19). Cette hausse est toutefois moins prononcée qu'en début de confinement, la dynamique de stockage n'est plus d'actualité.

La distribution de proximité a toujours la faveur des consommateurs.

Inquiétude liée à l'impact de la baisse de pouvoir d'achat des consommateurs

 

Main d'œuvre  exploitation

Les saisonniers européens ont le droit d'entrer s'ils ont un contrat de travail en règle.

La réouverture des frontières concerne tous les ouvriers agricoles européens, même hors espace Schengen.

Globalement, toujours pas de tension de main d’oeuvre à constater

Horticulture et Pépinière

La réouverture des établissements à la vente en serre est un véritable bol d'air pour les entreprises.

L'objectif est de rattraper au mieux la baisse sensible de chiffre d'affaires observée sur les premières semaines de confinement, estimation de l'interprofession : -85 %.

Asperge

La météo maussade ne favorise pas la consommation et la pousse des asperges. Fin de saison proche.
La demande est absente, la concurrence est présente.
Les cours sont revus à la baisse (4,7 € pour l’Asperge violette Sud-Ouest cat.I 16-22mm plateau (le kg) soit 10 cts de moins que la semaine dernière)

sources : RNM Agen /CDA40 & CDA33

 

Fraise

Le mauvais temps n’est favorable ni à la consommation, ni à la production. Les volumes baissent en livraison également car les conditions météo (fortes pluies) et le personnel saisonnier moins expérimenté ont impacté la qualité des fraises récoltées.

Le marché reste équilibré et les cours sont relativement stables, voire en légère progression (prix expédition : 8 € le kg de fraise gariguette catégorie 1, en barquette 250 g et 5 € le kg la fraise standard catégorie 1 en barquette 500 g.

Le niveau de production des gariguettes et des rondes hors sol va remonter d’ici 2 semaines.

Le bilan des effets du covid19 sur la campagne fraise sera disponible avec plus de précisions d’ici 2 mois, à compter du 15 juillet.

(sources : RNM Agen /CDA47 & CDA24)

Tomates

Forte demande de la GMS sur les références grappe et tomate ronde avec mise  en avant de la production française (sur toutes les références.

- Les volumes sont insuffisants. 

- Les prix sont globalement bons pour l’ensemble des segments et les meilleurs sont pour la grappe. 

- Pour les cultures en sol, les plantations se déroulent correctement et la majorité a été mise en place depuis mi-mars avec de bonnes reprises de plantes.

Salades

-  En début de confinement, difficulté de maitriser le commerce car les achats en magasin sont très irréguliers. Depuis cette semaine reprise d’un flux linéaire. 

- En début de confinement, pour les variétés GMS perte de 30% de volume non vendu. Depuis ce milieu de semaine les cours sont en amélioration. La GMS a joué le jeu de la préférence française, ce qui a permis d’écouler de grosses quantités et aujourd’hui il manque des volumes.

Viticulture

Les travaux de relevage de la vigne démarrent en Charente, de façon précoce, et vont démarrer dans les autres départements dans 15 jours. Des inquiétudes existent sur la disponibilité de la main-d’oeuvre.
  • En AOC
o Tassement des transactions en vrac Bordeaux rouge 2019 du fait d’une diminution des demandes en GMS (effets mauvais temps ?). Des transactions normales sur les autres millésimes.
o La semaine est marquée par de la grêle sur la zone des "Graves" mais avec des dégâts limités. Les excès de pluie entrainent des inondations de parcelles qui ne sont pas accessibles pour réaliser les traitements nécessaires avant et après la pluie, notamment en bio. La pression sanitaire est forte.
o Deux décisions règlementaires ont été présentées cette semaine : Le plan sectoriel d’aide à la sortie de crise du Coronavirus pour la filière vin et la possible fin des dérogations aux distances de sécurité des ZNT ce vendredi 15 mai.
  • Pour le COGNAC, pas d’éléments nouveaux.
 

 

Grandes cultures

La pandémie fait exploser la volatilité des prix des matières premières agricoles : entre hausse de la compétitivité du blé russe (dont la monnaie est fortement dévaluée à cause de la chute de la rente pétrolière), les achats de précaution des pays structurellement importateurs (Maghreb…), la chute de la consommation de bière, et donc d'orge, les tensions sur la trituration des tourteaux, liées au manque de débouchés du biodiesel, la consommation d'éthanol américain fortement réduite... : les conséquences sur les prix du blé, du maïs, de l'orge ou des oléagineux sont ainsi multiples.
Le cumul des exportations françaises de blé depuis le début de la campagne 2019/2020 est à un record historique de 29 millions de tonnes, contre 17,6 millions de tonnes sur la campagne précédente (+65 %). Les prix (183 €/t – FOB Rouen le 15/05) sont sous la pression d’une forte augmentation des stocks mondiaux pour la campagne 2020/2021, ainsi que de la bonne compétitivité des blés de la Mer Noire du fait des dévaluations des monnaies de ces pays exportateurs.
Alors que le marché de l’orge de brasserie est en difficulté, les emblavements d’orge de printemps ont augmenté de +12 % par rapport à 2019, particulièrement dans les zones où les semis de céréales d’hiver ont été entravés par les mauvaises conditions météorologiques.
Grâce à une bonne compétitivité dans l’incorporation pour les fabrications d’aliments du bétail (FAB), les exportations de maïs français vers l’UE se portent bien, et sont en hausse de 110 000 tonnes d’un mois sur l’autre. Sur le marché intérieur, les utilisations industrielles et domestiques restent stables, à l’exception des FAB (+50.000 t). Les Etats-Unis s’orientent vers un volume de production historique en 2020, ce qui pourrait peser sur les cours du maïs ces prochains mois.
Avec 70 % du colza produit en Europe utilisés dans l’industrie du biodiésel, c’est une réelle crise de débouchés que subit actuellement la graine oléagineuse. Cependant, la baisse du prix du colza devrait rester contenue, car les surfaces emblavées sont en nette diminution en Europe de l’ouest, notamment en France.

 
Chevreaux et Agneaux

Selon les segments de marché, l'amont de la filière peut éprouver des difficultés à satisfaire la demande la distribution toujours orientée sur des agneaux français.
Le redressement des cours après la période de Pâques est inédit, mais la majorité des agneaux ont été commercialisés quand les cours étaient au plus bas.

Bovin Viande

Les stocks en ferme sont avérés et augmentent toujours : 12 500 têtes à l'échelle "France" dont 21 % sur notre région (source Interbev), soit une semaine d'avance.
Concurrence de plus en plus forte entre les pays européens

Palmipèdes et Lapins

La filière longue représente plus de 80 % de la production française. Sur l’IGP Sud-Ouest, il se joue à court terme la survie de 1.800 éleveurs et de 160 entreprises d’aval, pourvoyeuses de nombreux emplois ruraux : l’impact économique pourrait être terrible, notamment dans les départements du sud de la Région et en Occitanie.
 

Volailles

Dans les filières poulets et dindes, les ventes sont stables ou en légère régression au mois de mai par rapport à la même période de 2019. En Europe, le surstock sur 10 pays est évalué à 500 000 tonnes, ce qui est très important, au regard par exemple des 900 000 tonnes importées chaque année depuis les pays tiers.
Lors du conseil des Ministres européens de l’agriculture, qui s’est tenu le 13/05, la possibilité de prendre en compte les coûts de stockage a été ouverte à la volaille mais sur fonds nationaux.
La fermeture de la RHD, des foires, marchés, salons…, combinée à un effondrement des exportations, reste le gros point noir pour certaines filières comme le canard à rôtir, la pintade, le pigeon et la caille. A ce stade, la baisse d’activité liée à la fermeture de ces marchés pour les filières concernées est évaluée à près de 50 %, soit environ -160 millions d’euros (dont -135 millions pour le canard à rôtir et -15 millions pour la pintade).

Porc

Le marché européen est de plus en plus encombré. Les stocks s'accumulent. Dans ce contexte, la baisse des cours se poursuit
EquinsLes centres équestres avec activité de cours ont été très durement impactés par le confinement.
La reprise n'est que très progressive pour s'adapter aux règles sanitaires.

Lait

Sur le 1er trimestre, les cotations des ingrédients baissent sensiblement : depuis fin février, le cours du beurre a perdu 490 €/t (-20 %) et celui de la poudre de lait écrémé 640 €/t (-26 %). Cependant, les cotations se sont stabilisées depuis fin avril et rebondissent légèrement depuis. Le CNIEL prévoit une baisse des prix à la production de -20 à -30 €/1.000 l durant le deuxième trimestre. Le prix du lait de vache bio se maintient car il a profité du report des consommateurs sur les produits de grande consommation (PGC), qui représentent plus de 90 % des débouchés de cette filière.
Selon l’Institut de l’élevage, l’accalmie sur les cours du beurre et de la poudre pourrait être de courte durée, compte tenu des situations économiques dégradées de nombreux pays importateurs de produits laitiers dans le monde.
En lait de chèvre, sur fond de réduction des importations, la demande a légèrement augmenté, en particulier dans les GMS, parvenant à compenser en partie la perte du débouché en RHD et à l’exportation. Les consommateurs se portent essentiellement sur les produits laitiers en libre-service, et toujours nettement moins sur ceux à la coupe ou en ultra frais. Les producteurs fermiers sont les plus touchés, notamment ceux qui avaient leurs débouchés dans la RHD et les marchés de plein vent. L’activité reprend très lentement avec la réouverture de plus de moitié des marchés de plein vent et le développement des drives et des livraisons à domicile.
Toutes les AOP et IGP laitières sont touchées, avec des baisses moyennes de 60 % des commandes (de 15 % à 90 % en fonction des filières). Plusieurs AOP engagent des mesures volontaires de réduction de la production laitière et de mise en transformation, avec des réorganisations de collectes et des réorientations de la transformation vers des produits de stockage