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COVID 19 : La situation filière par filière en Nouvelle-Aquitaine au 19 juin 2020

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Une synthèse proposée par la Chambre Régionale d'agriculture et l'équipe régionale «Economie Prospective » permet de faire le point selon les thèmes et les filières de la Région Nouvelle-Aquitaine.

Voici pour la semaine 25 - la note de veille économique numéro 10.

Cette synthèse  résulte de la collecte d’informations de différentes sources, essentiellement celles des agents de la CRANA et des CDA de la région, qui font un remarquable travail en temps réel.

>> Lire la note de veille numéro 10 de la semaine 25 en détail

 La Synthèse par thème et par filière : Points essentiels et de vigilance

Contexte Général

Au 19 juin 2020, 8,5 millions de cas ont été enregistrés dans le monde, selon les données compilées par l'université américaine Johns Hopkins. Si l'on soustrait les guéris et les morts, on peut estimer qu'environ 3,9 millions de personnes sont encore malades du Covid-19.

Depuis début mai, le nombre de morts recensés officiellement a doublé dans le monde : d’après la dernière comptabilisation de l’Agence France-Presse (AFP) le 19 juin, environ 454.000 personnes sont mortes des suites du Covid-19, dont 42 % en Europe (190.000 décès), 27 % aux Etats-Unis (près de 120.000 décès) et 14 % en Amérique Latine (65.000 décès).
Le nombre de malades continue de progresser partout dans le monde, sauf en Océanie, où l’épidémie est stoppée (le nombre de décès totaux est passé de 120 début mai à 130 mi-juin sur ce continent).
FOCUS : Comme pour le SRAS ou le MERS, la prévention des situations super propagatrices (rassemblements de forte densité, contacts nombreux…), avec des mesures adaptées au niveau de risque de chaque population, en particulier les plus vulnérables, pourrait stopper la pandémie. La situation sanitaire française et européenne le permet aujourd’hui, avec l’expérience et les investissements accumulés lors de la première vague. Dans l’incertitude, les autorités ont décidé d’anticiper une reprise possible de la covid-19 cet automne-hiver.
Scénario du choc unique : une deuxième vague est évitée :
Au niveau mondial, l'activité économique recule de -6 % en 2020 et le taux de chômage de l'OCDE passe de 5,4 % en 2019 à 9,2 % ;
Les niveaux de vie baissent moins brutalement que dans l’hypothèse d’une deuxième vague, mais l'équivalent de cinq ans de croissance de revenus sont effacés dans toute l’économie d’ici 2021.
Scénario de deux chocs successifs avant la fin de l’année :
Un nouvel épisode de l’épidémie provoque le retour des mesures de confinement ;
La production économique mondiale chute de -7,6 % cette année, avant de repartir au rythme de +2,8 % en 2021 ;
Le taux de chômage OCDE double quasiment, atteignant 10 % avec une faible reprise de l’emploi attendu en 2021.
Avec l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni, la France est un des pays dont l’activité (PIB) chute le plus dans le monde : sans deuxième vague, le PIB baisserait historiquement de -11,4 % en 2020, contre -9,1 % dans la zone euro et -6 % dans le monde. L’ampleur du choc en France (mais aussi en Italie et en Espagne) vient de sa spécialisation vers des activités particulièrement frappées par la crise : tourisme et industries de loisirs, commerce, construction-BTP, auberges-restauration, industries automobiles et aéronautiques… En France, la valeur ajoutée (richesse créée) baisse de -30 % en avril 2020 par rapport à l’année dernière, une baisse dans la moyenne de l’UE mais supérieure à celle de la zone euro (-26 %).
Selon l’OCDE, le taux de chômage devrait s’envoler dans tous les pays. Ainsi, il y aurait en 2020 environ +4,5 millions de chômeurs supplémentaires dans la zone euro (+3,4 points), dont +850.000 en France (+2,9 points). Aux Etats-Unis, le nombre de chômeurs va dépasser tous les records depuis la Grande Dépression des années 30 (+9,2 points, soit +15 millions de chômeurs). L’Espagne va également connaître une profonde dégradation de l’emploi (+1,4 millions de chômeurs, soit le tiers du chômage supplémentaire dans la zone euro en 2020).
Pendant le mois d’avril, le revenu des ménages aurait baissé de l’ordre de 2,7 % par rapport à une situation « normale ». Les dispositifs d’indemnisation, via la mise en activité partielle ou en arrêts maladies (maladies, gardes d’enfants…), et diverses mesures d’aides ponctuelles ont permis de limiter la baisse du revenu disponible brut. Mais celui-ci a tout de même été affecté par la baisse de l’emploi salarié et des revenus
des entrepreneurs individuels, du fait de la diminution de l’activité économique.
Selon les derniers indicateurs de l’INSEE disponibles au 17/06, la perte d’activité économique par rapport à une situation « normale » aurait été de -29 % en avril, puis de -22 % en mai, et se limiterait à -12 % en juin. La consommation des ménages connaît le même rebond avec le dé confinement : après la baisse de -31 % au mois d’avril, qui restera dans les annales comme la pire baisse de consommation en temps de paix de l’histoire contemporaine française, le rebond est spectaculaire depuis la fin du confinement le 11 mai : la consommation serait en retrait de -7 % en mai par rapport à la « normale » et de -5 % en juin.
Après Shell et Total, BP se projette dans l’après-pétrole. C’est un défi immense pour ces grandes entreprises pétrolières qui ont basé leur stratégie (exploration, investissements, logistique…) sur le pétrole cher. Jusqu’à présent, les prévisions de BP reposaient sur une estimation de prix du baril de pétrole de 70 dollars pour la période 2020-2050. Ce sera maintenant 55 dollars.
« L’âge de la pierre n’a pas pris fin par manque de pierre » : les majors du pétrole devraient dans un premier temps reporter leurs investissements sur le gaz. Mais c’est sur l’électricité que se portent tous les espoirs pour entrer dans une économie dé carbonée.
Après une lourde chute en février et mars, les indices boursiers ont eu tendance à rebondir depuis, mais selon certains analystes, une nouvelle baisse se profile potentiellement pour juin face aux incertitudes sur le développement de la pandémie Covid-19.
La parité euro-dollar fait du yoyo mais en tendance l’euro s’affaiblit ces derniers mois (1,12 €/$ au 18/06, contre 1,20 €/$ dans les années 2007-2008), ce qui est favorable aux exportateurs européens.
Selon la CNUCED, les échanges mondiaux de marchandises devraient se contracter de -20 % en 2020 : ils ont déjà baissé d'environ -5% au 1er trimestre 2020 et devraient baisser fortement au 2ème trimestre (-27%).
Au niveau sectoriel la chute est particulièrement forte en avril pour l'automobile (-40%) et les produits énergétiques (-50%). Des baisses significatives sont également observées dans le textile, les produits chimiques, les machines et les instruments de précision avec des baisses supérieures à 10%. A l’inverse le secteur agroalimentaire a augmenté d’environ 2% au 1er trimestre et les échanges de matériel médical ont massivement augmenté (+338% d’exportations chinoises en avril).
Les investissements directs étrangers (IDE), qui s’élevaient à 1 540 milliards de dollars en 2019, vont chuter de plus d’un tiers, en passant sous le seuil des 1 000 milliards de dollars en 2020, une première depuis 2005. La CNUCED ne prévoit pas de reprise avant 2022.
Selon l’OCDE, dans l’Union européenne, les exportations de biens et services devraient chuter de -8 % au Danemark à -17 % en Espagne entre 2019 et 2020. La France, comme l’Allemagne et l’Italie, est dans une situation intermédiaire, entre -13 % et -14 %, et le Royaume-Uni accuse une baisse de près de -16 %. En retrait de -4 %, la baisse des exportations vers la Chine est moins marquée que celle observée aux Etats-Unis (-10 %) ou au Brésil (-15 %).

 Consommation

La demande alimentaire au détail se contracte avec un retour progressif de la prise des repas en restauration hors foyer.
Les achats de proximité ou en ligne qui ont fortement progressé lors de la phase de confinement garde une bonne partie des parts de marché conquises.
 

Main d'œuvre  exploitation

Le marché du travail n’en finit pas de souffrir. En avril, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A) s’est accru dans des proportions sidérantes : + 843 000 par rapport au mois précédent, sur l’ensemble du territoire

Parmi la panoplie de dispositifs mis en place, les aides pour inciter à embaucher des apprentis ont été fortement augmentées.

Concernant l’enseignement agricole, la commission Culture du Sénat a formulé 10 propositions pour « accompagner les élèves dont l’année scolaire a été profondément bousculée, préparer la rentrée 2020 et relancer la politique d’information et de communication autour d’une filière trop souvent absente des discours publics lors de cette crise sanitaire ».

Horticulture et Pépinière

L’activité commerciale est dynamique sur les dernières semaines suite au réinvestissement du jardin.
Les plants potagers connaissent un franc succès, signe d’une modification des modes d’alimentation (maîtrise qualitative, affirmation du « home made »)
Une enveloppe de 25 millions d’€ est allouée au dédommagement des destructions de production suite aux invendus de la période de confinement

 

Fraise

Les problèmes sanitaires (punaise et oïdium) détectés depuis quelques semaines persistent et affectent la qualité de la fraise. Les traitements prophylactiques sont altérés par un personnel pas toujours expérimenté.
Pour le reste pas de nouveautés liées au COVID ou à des conditions météorologiques

Viticulture

Pour les AOC,
 - Depuis le mois de juin, reprise des transactions en volumes uniquement pour les appellations Bordeaux rouge millésime 2019.
-  Depuis la mise en place de la mesure « distillation » le prix de base s’est hissé à celui de la référence distillation à 700€. Il y a trois niveaux de prix de marché observés actuellement 700 € / 1 100 et 1 400 € avec un prix moyen de 1 100 € (900 € il y a 15 jours). La qualité de la récolte 2019 attire les négociants et la crainte d’une baisse de récolte en 2020 peut expliquer cette remontée des cours.
- Le 19 juin s’achève le dépôt des demandes de distillation. Au 16 juin 80% des volumes possibles seraient demandés. Alors que la demande de volumes souhaités par les professionnels était en-dessous de celle allouée par l’Etat, qu’est-ce qui explique cette légère sous-réalisation ? La pression très forte du mildiou et les craintes sur les volumes de la prochaine récolte pourraient être une réponse.
- Une baisse de 10% des rendements sur l’appellation Bordeaux rouge pourrait être demandée par la profession sur la prochaine récolte.


Pour le COGNAC,
- Pas de nouveautés liées au COVID ou à des conditions météorologiques

 

Grandes cultures

Le Conseil International des Céréales (CIC) prévoit une moisson mondiale 2019/2020 record de blé et d’orge, ce qui ferait plus que compenser la baisse de la production de maïs : la production mondiale toutes céréales confondues (blé et céréales secondaires) augmenterait ainsi de 40 millions de tonnes, à 2.177 millions, tout juste en dessous du record absolu de 2016/17.
Les échanges mondiaux de céréales devraient augmenter de +2 %, du fait de la hausse des exportations de maïs, et atteindre le niveau record de 387 millions de tonnes.
Au vu des fondamentaux des marchés, les productions records vont peser sur les prix, qui devraient évoluer ces prochains mois entre 170 et 180 €/t pour le blé et entre 150 et 160 €/t pour le maïs, sauf accident climatique ou spéculatif. Le prix des oléo-protéagineux va dépendre de l’évolution de celui du pétrole.
Les exportations françaises de blé sont très dynamiques et devraient augmenter de +4 Mt (+23 %), pour atteindre 21,4 Mt en 2019/2020.
La production française de maïs devrait être en hausse de +370.000 t (+3 %), la baisse des rendements (-4 %) amputant le potentiel de la hausse des surfaces (+6 %). En Nouvelle-Aquitaine, les surfaces devraient s’accroître de +8 %, essentiellement dans l’ex-Poitou-Charentes.
En Nouvelle-Aquitaine, les surfaces de colza sont en nette augmentation dans les Deux-Sèvres et dans la Vienne, deux départements qui totalisent près des 2/3 de la sole régionale, respectivement de +14 % et +34 %.
Les surfaces de tournesol sont en hausse de +18 % en Nouvelle-Aquitaine, plus particulièrement dans l’ex-Poitou-Charentes (+18 % à +25 %) et dans le Lot-et-Garonne (+24 %).
AgneauxToujours une courbe des cours atypique avec des niveaux de prix actuels supérieurs à ceux connus à la période pascale.
La pression des produits d’import reste toujours modérée et la préférence aux produits français toujours en cours.
La filière « chevreaux » est sous pression des stocks de retrait.

Bovin Viande

Les cours du maigre ne connaissent pas de hausse saisonnière en Charolais et Limousin.
Les stocks en fermes de JB augmentent toujours : 16 200 têtes à l'échelle "France" dont 20 % sur notre région (source Interbev), soit plus d’une semaine d'avance, mais des situations très disparates selon les structures d’aval.
La mesure de stockage est entrée en phase active : en semaine 24, 225 tonnes de viande avaient été congelées.
Les prix des vaches de réforme reprennent une orientation haussière suite à la réouverture progressive de la restauration hors foyer.
Les cours continuent de se dégrader en filière veau de boucherie.

Palmipèdes et Lapins

La filière longue représente plus de 80 % de la production française. Sur l’IGP Sud-Ouest, il se joue à court terme la survie de 1.800 éleveurs et de 160 entreprises d’aval, pourvoyeuses de nombreux emplois ruraux : l’impact économique pourrait être terrible, notamment dans les départements du sud de la Région et en Occitanie.

 

Volailles

Dans les filières poulets et dindes de chair, les ventes sont stables ou en légère régression au mois de mai et juin par rapport à la même période de 2019 (-5 %).
Les pertes dans les couvoirs, liées à la destruction d’oeufs à couver au début du confinement et la fermeture de marchés export, sont estimées à 350.000 € en Nouvelle-Aquitaine.
La fermeture de la RHD, de la restauration haut de gamme, des foires, marchés, salons…, combinée à un effondrement des exportations, reste le gros point noir pour certaines filières comme le canard à rôtir, la pintade, le pigeon et la caille. A ce stade, la baisse d’activité liée à la fermeture de ces marchés pour les filières concernées est évaluée à près de -50% pour les canards et les pintades (-142 M€), et entre -80 % et -90 % pour les cailles et les pigeons (-11 M€).

Porc

La chute des cours semble enrayée, la reprise de la restauration hors foyer devrait permettre d'abaisser le déséquilibre matière
Les abattoirs retrouvent un rythme de fonctionnement proche de la normale.
L’activité de salaison est toujours en retrait face à des perspectives de consommation toujours pessimistes.
La reprise de la consommation à caractère plus festive est attendue pour redynamiser les ventes de produits de salaison.

Lait

L’évolution des exportations mondiales de produits laitiers laisse à penser que des stocks s’accumulent dans certains pays, notamment aux Etats-Unis. Les marchés vont donc rester incertains, même si les fondamentaux actuels ne traduisent pas de déséquilibres majeurs.
En cumul de janvier à avril, les livraisons régionales de lait de vache se réduisent de 0,9 % par rapport à la même période de 2019. C’est une baisse moins importante que les années précédentes. Le prix moyen du lait payé au producteur perd 20 €/1 000 litres entre mars et avril. L’habituelle baisse saisonnière a été accentuée, par la chute du prix international des produits laitiers tels que le beurre ou la poudre de lait. Le prix du lait reste néanmoins en avril supérieur de 2,5 % à la moyenne 2017-18-19 du mois.
En cumul de janvier à avril, les livraisons régionales de lait de chèvre confirment leur dynamisme avec une hausse de +3,5 %. Le prix du lait suit l’habituelle baisse saisonnière, à 662 €/1.000 litres payés en moyenne au producteur en avril. Il dépasse le prix moyen 2017-18-19 du même mois de près de 4 %.
AGRITOURISME L’agritourisme a subi de plein fouet la crise, les activités les plus touchées par les pertes sont les fermes équestres (+ de 50% perdent + de 5000 € /mois), les fermes proposant une activité de dégustation/oenologie (+ de 48% perdent + de 5000 € /mois), les Fermes auberges (42% perdent + de 5000 € /mois), ainsi que les fermes en pluriactivités agritouristiques, suivi des fermes pédagogiques puis de l’hébergement (dont 25% perdent plus de 5000 € /mois). La crise impacte également l’emploi pour 40% des exploitations. En effet, 1/4 des exploitations sont concernées par la suppression d’emploi sur l’exploitation pour l’agritourisme, 20% par la mise en chômage partiel.
Les agriculteurs exerçant une activité d’agritourisme expriment une pérennité remise en cause par la crise à plus de 50% en Nouvelle-Aquitaine.
Cependant, les tendances à venir en matière de destinations touristiques estivales semblent faire la part belle au tourisme vert. Selon une enquête réalisée par le cabinet BVA, du 2 au 4 juin 2020, sur un échantillon de 1 055 personnes représentatif de la population française, 24% des Français opteraient pour la campagne. Gages de grands espaces et d'une douceur de vivre, entre nostalgie et bons produits du terroir, les petites communes auraient la cote.